Laudatio Grandjean

27.06.2012

Laudatio pour Soeur Claire-Marie Jeannotat par Laure-Christine Grandjean

Sœur Claire-Marie,

Personnage atypique, Sœur Claire Marie ! A 89 ans, vous êtes une bloggeuse assidue qui maniez le clavier et la souris. Tout sauf une souris grise. Mais plutôt grisée, grisée de justice, vous qui quittez tôt votre Jura natal et partez vers l’âge de 20 ans aider les plus pauvres dans les missions. Vous faites votre noviciat en Afrique du Sud, où vous restez 34 ans. Et vous dites n’être pas partie pour Dieu d’abord, mais Dieu est venu avec.

Aujourd’hui,  l’Afrique du Sud c’est un peu votre blog. Il est le lieu de votre combat pour la justice, le lieu de vos « coups de gueule ».  Vous le dites vous-même : aujourd’hui, alors que vous ne pouvez plus vous rendre à Genève pour soutenir les Indignés, par exemple, vous en parlez simplement sur votre blog. Lieu de relais. Un endroit qui vous permet aussi de maintenir les contacts avec le monde entier. Ou quand blog devient globe, à quelques lettre près.

Vous disiez, dans une émission de la RTS (Hautes fréquences), que vous arriviez au crépuscule de votre vie. Votre âge ne peut le démentir, certes. Mais soyez-en sûre, on ne sent aucune fatigue lorsqu’on vous lit. Vous avez toujours le « feu sacré ». Rappelez-vous que sur l’écusson des Sœurs de Menzingen, dont vous faites partie, si on y  voit la lune, le crépuscule, on y trouve toujours, à côté, un soleil lumineux. Cette énergie, ce feu, voire cette rage, sont encore bien présents chez vous. Il n’y a qu’à regarder la typo que vous utilisez dans votre blog : des gras, des majuscules, des sous-lignés, des surlignés. Parce que vous continuez à montrer que vous n’êtes pas dans la ligne.

Non, vous n’êtes pas dans la ligne lorsque vous critiquez l’institution. Ou que vous en critiquez certaines traditions. A lire l’un de vos derniers posts, vous critiquez la tradition lorsqu’elle est une paresse intellectuelle, qu’elle est un prétexte pour ne pas toucher au statu quo, qu’elle est un moyen d’éviter la remise en cause. Vous y citez Gustav Mahler (ou était-ce Thomas Moore ou encore Jean Jaurès ?) : « La tradition ne consiste pas à préserver la cendre, elle consiste à transmettre le feu! » Merci donc, Sr Claire Marie, de questionner l’institution lorsqu’elle en a besoin, de remettre en cause certains fonctionnements, d’inviter au débat. Et de sonner les cloches tout en restant fidèle à l’Eglise.

Par votre engagement sur votre blog, Sr Claire-Marie, vous répondez non seulement au message des évêques, qu’ils ont adressé l’année passée, au 1er août. Un message qui incitait tout chrétien à prendre part à la vie politique, au plus proche de sa conscience. Eh bien la politique, on la lit tous les jours sur votre page. Qu’on soit d’accord ou pas. Tant les troubles en Syrie, la crise économique en Grèce que la politique d’asile en Suisse… Tout y passe.

Par votre engagement sur votre blog, Sr Claire-Marie, vous répondez aussi aux demandes de Vatican II, dont on fête le jubilé cette année. Plus particulièrement, à un document précis : « Communio et Progressio », qui incite les chrétiens à communiquer. Qui les enjoint à utiliser les moyens à disposition pour témoigner et parler de l’Evangile – ou faire parler l’Evangile. Et ce n’est pas nouveau. Déjà en Afrique du Sud, au plus dur de l’apartheid, vous aviez créé un journal clandestin avec la jeunesse étudiante chrétienne, pour dénoncer le système d’alors.

Aujourd’hui, en choisissant internet, vous avez trouvé un réseau qui porte, vous êtes là où le peuple est présent. Et vous avez non seulement choisi dedire, mais vous avez également choisi detraduire.Vous traduisez des textes, des paroles, des auteurs qui vous touchent. Qui ont aussi quelque chose à dire. Vous savez les langues, au pluriel. Celles qui vous permettent une aisance de contact avec l’autre.  Je vous ai rencontrée à Bulle, lors d’une rencontre avec des requérants d’asile. A peine êtes-vous rentrée dans la salle qu’un jeune homme du Sud Soudan vous a accostée en vous nommant déjà « Mama ». Vous lui avez simplement parlé une langue qu’il connaissait.

Quand vous êtes rentrée en Suisse, après 34 ans en Afrique du Sud, vous ne vouliez pas y rester. Mais vous y êtes restée et tant mieux. Parce que vous avez ici un rôle de communicatrice à jouer.

Merci et bravo à vous, Sr Claire-Marie. Merci également à votre communauté qui vous a permis cet engagement et merci enfin au journaliste qui un jour vous a incitée à ouvrir votre blog. Juste parce que vous aviez quelque chose à dire…